- aux frontières du Sabbat

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Egoïst Palace

Bienvenue à Chernivtsi, adorable bourgade du sud-ouest Ukrainien. Nous voilà accoudés à un comptoir du disco, car il faut bien se mettre le coude quelque part, pauvre apppendice un peu moche, pas bien utile. Le coude. Meilleur ami de l'alcoolique.
Boum boum boum, flash et lumières variées : ici il y en a dans tous les sens, pour tous les sens.

Ce disco est un complexe infernal. Ancienne usine réaffectée au procédé de transformation de bière et vodka en mictions variées, on y décline tous les superlatifs du socialisme flamboyant. Ça pisse à tout va, ne manque que la statue du pisseur, j'imagine un immense Maneken-Piss de bronze, tout en muscles, faucille dans une main, lourde verge dans l'autre, une belle mare à ses pieds...
Alors on boit. Puis on pisse. Assis, debouts, accroupis, mains lavées, sales, prépuces décalottés -le tout dans une ambiance assourdissante-, rien que la variété des possibles m'enivre presque. Et je pense à ces ruisseaux d'urine odorante qui se déversent dans les canalisations...

Ce disco, c'est l'Egoist Palace. 6 billards, 2 pistes de bowling, karaoke, dancing, lounge bar et combien, combien de cheveux sur ces têtes, de litres de sueur sur ces grands corps étranges et nus...
Chacun seul au bar, abandonné à ses divagations, laisse glisser ses yeux sur la salle.

Mister B. commande la deuxième bouteille de vodka.
Après, je ne sais plus...
Au réveil : la patex, toutes les fringues, le canapé inconnu et une migraine d'enfer, c'est le TIU hostel, où on croise misteur A., juif antisémite et grand amateur de Céline. 
A ce moment c'est déjà la deuxième frontière du sabbat, l'ambition n'en est que mal définie et le titre encore perdu dans les limbes. 


Alors que cahin caha je gambergeais le comment raconter, sans tuer personne, sans rentrer à Paris, sans confier à la garce, tout ça tournait tournait, et le temps ne se prive pas, il passe et repasse nerveusement derrière moi en tapant fort ses pieds sur le sol.
Les échéances ne sont pas discrètes non plus.

Un jour, il faut écrire. Ne rien se ménager. Finir la vodka. Aller de l'avant. 

Pisser sur les icônes

Fallait bien que ça arrive un jour.
Un jour, c'était dans un hostel miteux -peut-être le plus ivre des bateaux ivres de la planète hôtelière-, se présente Adam. Faut une sacrée chatte pour croiser Adam. Il n'y a qu'un Adam et ixe mille hôtels enregistrés sur hotel.com, hostelworld.com et hostel.com ! 

Les probabilités sont ce qu'elles sont, mais Adam est là, the one. 
Seul, qui plus est, sans cette bêcheuse de Eve, adorable poison, qui love mieux, mais plus cher. Adam, « bonjour », se présente. Juif forcément, barbu et antisémite, ce qui ne tombe pas sous le sens, de fait.

Je lui fait « ah ? ». Il répond, « bin ouais », c'est l'influence de Céline, le complot franmaço-hébraïque, tout ça, tu comprends, explique-t'il derechef, partant dans un grand délire complotiste. Mais un peu embarrassé par l'étiquette, craignant pour les convenances, et attiré par une bonasse ukrainienne qui passe par là, je le minute papillone, et plante là notre père à tous. Sacré Adam et ses éthyloprojets de terrorisme intellectuel !
Au moment de la fuite le bougre défendait un mode d'écriture basé sur la 'resaca'. Je l'entends encore. Tu bois, tu bois, oh dieu!, au moins tout ça, tout distillat qui vaille et se présente, puis au réveil, le jour s'est fait, tu balades ton chien et saisi d'une légère érection machinale tu laisses couler les mots de ton futur opus. 

Le point final, je ne sais pas... 
Midi passa. C'était déjà l'heure de l'apéro. 
Puis la nuit. 

Le lendemain à l'aube Sasha-Alexander et son pote m'ont jeté comme sac à vin à la Kimnati Vidpotsinku. Dans le lit à côté une forme inquiétante gonflait les draps. C'était une présence bleuâtre. L'odeur de soufre, les éclairs dans le petit matin m'ont décidé à fuir sur le n°59 de 10h30. Moskow – Sofia pour le meilleur et 23h de roues, de rails, de traverses impondérables et d'ivresse bénie. 

Des mois plus tard avoir lâché Adam me tourmente encore. 
Je troquerais volontiers Jean Echenoz, Michel Rolin, James S. Lee pour une soirée en sa compagnie ! Il faudra lui écrire. Je commande un gin. Une autre nuit s'avance.