- aux frontières du Sabbat

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MALADROITE ET SANS OSER ENTRER

Je t'écris donc ce mot sachant que je ne te reverrai plus. Jamais plus.
Car même si je devais te recroiser, ce ne serais jamais plus toi, mais un geste ou un courant d'énergie libre, libérée une fois par ton choix, libérée encore par mes mots. Cette liberté arrachée, je réalise qu'elle t'a en fait toujours été acquise. Je me remémore l'avoir vu briller au détour d'une conversation, lors d'une approche maladroite, cette ouverture toute conventionnelle de tous les gens; alors à la question de tes vies sentimentales passées s'était levé un mur, un courant, brève glaciation, puis la rigolade avait repris.

on est pas né dans le même monde. Et pourtant je, tu, nous trompons continuellement. Parce qu’autrement ce n’est pas possible. Parce que la prison, c’est pour les méchants. Parce qu’on dirait qu’on était libre. Allez.

Je pense rigolade, c'est inexact, il s'agissait plutôt de frénésie joyeuse, drôle d'effervescence que j'ai parfois été surpris de trouver, de redécouvrir, ou encore que je suis venu chercher, pour l’arque-bouter contre quelque mauvaise passe de l'humeur. Cette frénésie, j'ai toujours pensé qu'elle ne peut vivre que dans un écrin, dans un moment, par secousses. Repartant fatigué, un lendemain, avec une autre chemise, je me disais : bientôt. Pas tout de suite.

Tu sais ce qu’on va faire toi et moi ? on va se faire un café et se manger une crêpe.
Tu sais ce qu’on va faire toi et moi ? Ben non, moi j’en sais rien. cette nuit, il a plu sur l’oreiller gris. Tu as jeté ta bombe et tu as dormi. les bras croisés, comme un gisant à Cluny. Bras croisés. Cœur fermé, on rouvrira peut-être la saison prochaine ça disait. Ou peut-être jamais.

Mais... Comme tous les mots qu'on écrit peuvent se retourner, et sur eux-même, et contre nous, j'ai aussi envie de dire, plus jamais libérée. Nier ta liberté nouvelle. Car dans notre non-rapport poussait quelque vraie liberté, cristal pur, que l'on enterre. Ce non-truc est apparu, on ne sait pas, a tressauté, a continué, a vivoté, accompagnant cahincaha deux êtres sur deux chemins, au travers de je ne sais quoi. Pour moi, milles expériences, et de fortes, plusieurs vies et quelques morts, mais toujours la même adresse, où à la même fenêtre, le même rhum, la même ivresse.

Moi j’ai regardé dérouler les minutes. silence, le vent claquant le store. jusqu’au 4 coups. Une dernière larme du fond de l’œil, douloureux et brûlant. un sourire glissé sur la patte du chat qui tente l’ascension par la tête du lit.

Ce cristal pur, on le laisse. On le transmute par excès de verbe. Ce verbe que je ne t'ai jamais connu excessif, cherchant parfois à voir à dire à entendre. J'étais surpris un jour à la lecture d'un mail qui ne m'était pas destiné : il y était dit des choses, plusieurs idées, foison, développements. Je rouvre ma besace. Mais !? Concision nécessaire à l'équilibre de notre jeu ? Une autre fois tu étais expansive. Et c'était bien ça : tout sauf pour jouer; tu y parlais de faire affaire sérieuse. Je ne sais pas. J'ai pas dit oui.

Un sourire car je comprends d’un coup toutes les lois de notre anti parallélisme : je m’attache, toi pas. Je te vis, toi pas. Je te cherche, toi pas. je t’espère, toi pas.
J’erre ; tu voyages, je gribouilles, tu écris ; tu butines ; je trompe. tu sais que je ne suis pas ; la. je sais que tu pourrais être ; le.
Tu vis avec ; elles. je survis avec ; eux. tu pars pour vivre. Je vis pour partir.

You're free, c'est comme ça. C'est un choix. C'est un non-choix. C'est le bout de toutes les petites morts mises bout à bout, de ces essais de découverte et corps haletants, étreintes souvent passionnées, jamais dénuées d'une certaine pudeur. De notre sexualité entre parenthèse, évoluant en bulle sans jamais aboutir. Cette rencontre, cette personne, ces jouissances, je me les garde. Avec le cristal grisé et la pensée qui tourne autour, on fera quelque objet baroque qui dans mon royaume de bric et broc charmera, et sera charmé, tour à tour.
_____
Et le chat repousse, du revers de la patte ces toutes petites choses...

Oublier de rester (1/3) : l'idée

Qu'ils se dénoncent ! Qu'ils avancent d'un pas dans la lumière et avouent leur forfait ! Même alors je ne sais pas si je leur pardonnerai. Sans doute que non, jamais.
Ces hommes, ces femmes, qui nous instruirent. Eux et les autres, tous coupables ! Ils nous ont formés avec complaisance, formatés au sujet verbe complément, élevés dans les contes, loin de tout sens réel.
Ça n'a pas été sans dommages. Aujourd'hui encore je croise des victimes grandes comme ça qui toujours pensent qu'un prince charmant se cache au fond des puits. Les voir embrasser tous les crapauds sans distinction m'embarrasse, sentiment confus mêlé de honte et jalousie. D'autres, restés cantonnés au confort binaire, appliquent religieusement les conjugaisons comme on récite des tables de multiplication. Mais deux et deux ne plus font rien, mon bon ! Plus plus rien !

Moi-même je fouille parfois mes tripes, extirpant presque quotidiennement des idées qui n'ont rien à y faire. L'autre jour, grand départ, j’allais courant partout, voilà qu'une douleur foudroyante me saisit au côté gauche.
Encore deux pas, puis je m'étale de tout mon long, ce qui fait bien moins de deux mètres, même avec des talonnettes. Les tomates cristaux tableaux tartes à la crème et autres objets insensés que j'avais empilé sur mes bras continuent alors en vol plané et bientôt atterrissent, fort heureusement à leur endroit, dans l'ordre qu'il faut. Chapeau, je me dis, tout en pensant, ouille!, rapport à la douleur. Tout près du cœur, ça craint. Fouillant mes poches à la recherche d'un vaccin, extracteur, speculum ou tout autre outil d'apparence médicale, un peu pour me rassurer, surtout pour guérir, en fait, je tombe sur un économe avec un manche en bois vert. Non mais, vert ? Vert ? Qu'est-ce que cet économe fout là ?
Qu'importe, me le plantant ici, vers les côtes K1 et K2, au droit du cœur, je fouille et tourne. Ca fait des gargouillis pas possible, incroyable tout ce sang, il y a même de petits poissons pales qui jaillissent, vestiges d'une récente baignade ? La douleur est démente, alors je hurle un peu. Ça ne soulage pas vraiment, mais j'ai vu faire pareil dans un film. Coup de bol, voilà que ressors le bazar et cette fichue idée est plantée au bout. Merde, décidément, non : je ne leur pardonnerai jamais...  

Cette idée plantée là, sans surprise pour un jour de grand départ, a trait au voyage. Culottée, la perverse énonce que pour partir il faut faire une valise, et ne rien oublier. Mais d'où diable peut provenir un truc pareil ? Comment peut-on ainsi s'ingénier à avancer pareille billevesée ?
Il devait penser à autre chose, le mec qui eut le culot d'énoncer ça un jour. Ou peut-être étaient-ils nombreux, tous ivres, ce soir-là. J'imagine une nuit de célébration, cette grande bande d'académiciens en goguette pour la sortie d'une nième édition. Comme il se fait tard le patron du restaurant file entre les tables, accablé. A une heure pareille, des hommes si respectables, dans un tel état !?
C’était une auberge folle, au fond du Luxembourg. L’un avait finalement sorti son épée et la faisait siffler, essayant de tracer des Z maladroits dans les airs. Il manquait un morceau de doigt, de nez ou d'oreille à tous ses voisins de table. Un autre avait un hérisson et tâchait de lui apprendre le participe passé. Tous dépenaillés, cols ouverts, manches retroussées, avaient mangé à belles dents. C'est alors que dans un ultime cri roque le chef de séance a beuglé "l'ooooooorde du jour", avant de s'effondrer dans la mare de vin répandue à ses pieds. Et qui va nettoyer tout ça ?
Aucun doute, c'est un soir comme celui-là qu'ils auront convenu de cette idée et l'auront implanté dans le système commun. La voilà qui vibre encore un peu au bout du manche vert, déjà sa couleur pâlit. Elle disparaîtra bientôt...

Car je sais, car j'ai lu dans l'horoscope, car on m'a dit, car ce jour singulier, pour le mode de voyage qui m'accable, tenant plus du changement d'état que d'un modus ou d'un viaticum, les actions se doivent opposées au sens commune. Tout le moins : inversées.
Aussi pour parvenir à franchir la porte, fermer la parenthèse et filer sereinement, faire ses bagages et ne rien oublier seraient les dernières idioties à envisager. Il n'est pour moi question ni de faire, ni de se souvenir. Bien au contraire : défaire, et oublier. Défaire l'écheveau des vécus, effacer toute trace de vie aux Sabines, ranger comme on déménage, entasser tout dans des cartons, disparaître. Puis seulement alors, oublier. Oublier d'avoir été, content, comblé, épanoui. Tout bien oublier et se concentrer dans les gestes, les papiers, faire corps avec les quelques documents qui définissent la migration à venir.
Ce mode de voyage s'apparenterait presque à la téléportation. Avant d'envoyer cette mouche à l'autre bout de la pièce, dira le Seth de Cronenberg d’une voix un peu bourdonnante, je dois décoder toute l'information sur la structure qui la compose. La décomposer formellement pour n'en transmettre que l'essence – l'information. Traduire la poésie du steak qui nous compose, toi : mouche, toi : narrateur, steaks poétiques ! Tâchons de ne pas penser à la fin malheureuse qui nous est promise. Cœur vaillant, cœur léger, en route. 

J'entrerai bientôt dans le pod transmetteur. Suivrai la voie opposée à celle des misérables exilés qui s'échouent en Europe. Eux fuient la misère à la nage. J'y retourne exploiter les ressources du continent dans un confortable aéronef.

La nuit des deux nigauds

L'action n'est rien.
L'action n'est que la suite du cheminement de la pensée.
A la fois conséquence, et sanction de l'idée.

Le geste qui nous condamne n'y peut mais – il n'est que suite irrémédiable de la pensée. La pensée qui par oh et par ah, un jour nous a trahi. Un jour, un trois fois rien, un peut-être, devient la main qui touche, la main qui prend, le geste qu'on sanctionnera.

L'esprit prévoyant, par l'histoire échaudé, met en place des trésors de rêve et d'imagination pour s'entraîner au cheminement des actes, travailler les scénarios du réel. Mais à la fin, toujours la fin !, un réveil sonne, et voilà qu'il faut reprendre le réel, bras le corps et pleine gueule, comme fait la mer sur le marin un instant distrait.

Quand je l'exprime ici, l'action a déjà eu lieu.
C'est ici le temps du cheminement d'aval, la suite des pensées... L'action a eu lieu un mercredi soir de septembre, nuit tiède et riche, tant pour les voisins qui invariablement matèrent, que pour nos deux lurons, qu'étaient pas en reste d'agir et voir, et boire et jouir.


Vient maintenant le temps de l'expression.
Dans ce présent relatif, un dimanche en l'occurrence, je viens à la porte de la nigaude.
Ah ! la porte...
Ah !, la nigaude...
Dans mes bras, un poulet sacrifié du midi, jaune du Périgord, croustillant de la cuisson et parfumé de tous délices. Comme le voisin m'a facilité l'accès, j'apparais par surprise, et ce n'est que la première.
Puis comme elle présente et tend sa bouche pour une étreinte entre amants, je m'écarte un petit peu ; établis la tension, l'état de guerre latente. Embrassez-vous, quand même, acteurs de fable ! Ils s'embrassent, quand même. Mais la guerre sourdre et sourdra désormais, ya pas de raison.

Sourire, ah, oh.
Bonsoir, hihi.
Les amants sont complices, avant d'être ennemis. Ils s'aiment d'amanterie, avant de se haïr comme pairs de l'humanité divagante ! Souhaitant sortir de ces phrases monocordes, je tente établir le contexte d'un dialogue.
- Fait frais, hein ? Faisait plus chaud ce matin.
Et tout à trac :
- J'imagine qu'étant enfin réunis, nous voilà prêts pour une bonne discussion, oui ?
Ses yeux, déjà révulsés par le refus de baiser originel, partent comme des rouleaux de machine à sous, tournant encore et encore dans leurs orbites. Comme les signes du gain potentiel se succèdent dans chaque fenêtre oculaire - effroi, stupeur, abandon, désolation, ataraxie - j'hésite à lui tordre l'oreille gauche pour arrêter le mouvement et encaisser mon dû.
- Quelle discussion, de quoi discussion, pourquoi discussion ? Essaye-t-elle
Une phrase me vient alors, autrement plus chaotique et maladroite que ce que prétend la transcription qui suit. Pas très adroite pour autant, c'est cependant elle qui suit dans ce texte, dans cette vérité écrite qui vaut doublement, par sa nature écrite d'une part, par l’épellation du mot « vérité » qui d'autre part et de toute part s'échappe alors que les signes remplissent la page.
- Eh bien, j'imagine qu'on pourrait parler de nos actes. Actes délicieux de mercredi dernier. Parler d'eux en rapport avec ta proposition de nous unir pour voir, de nous lier un instant pour savoir, sinon ce qui nous unit de fait, du moins ce que notre union peut être et devenir réellement
Tournent les yeux, encore, encore, et stupeur, toujours 
- Comment que, pourquoi, est-ce que, tu veux dire ?
J'y reviens. Pour vous. Pour elle. Pour nous tous.
Reprends l'énoncé de ma vérité, celle vécue avant qu'écrite. Mon souvenir du samedi précédent. Car avant d'être ce dimanche là, qu'on appellera D+7 par commodité, par faiblesse, par penchant symboliste, c'était un beau samedi 's moins un' (S-1), huit jours plus tôt...
Ce samedi là, elle m'a dit, et c'est forcément vrai puisque c'est écrit, et plus vrai encore par ce que confère l'accent sincère et le soin porté à la formulation (formulation qu'on aura relevé en pensant, ah, mais il joue du verbe comme un vrai petit gars ce saligaud, c'est l'épate), elle m'a déclaré, ce S-1, qu'elle consentait à l'amour physique entre nous.
« J'ai envie d'amour physique entre nous » n'est pas la formule qu'elle employa alors, certes non, ni un « je veux » direct et cristallin, mais une formule assez belle et joliment directe, qu'on me pardonnera de ne savoir transcrire ni sublimer, notant au passage que l'expression de mon propos ne souffre par semblable distorsion, ou tout le moins qu'il y a inégalité face à la transcription.
Ainsi elle voulait, car enfin nous voulions, et chaque fois un peu plus, en dépit de la ligne rouge qu'on avait pris soin de tracer, rare précaution, juste au dessus du pubis. Car le désir n'est pas en cela semblable à la lumière du jour. Il se cumule et, day in day off, sa quantification si elle était possible irait asymptotique ascendante, et sa convertibilité au dollar US ferait de nous des hommes riches - ou un homme et une femme riches, dans le cas du statut toujours plus commun ces jours-ci de la stricte séparation des biens.

Concernant les meubles meublants acquis à compter de ce jour, les meubles acquis par les partenaires ensemble ou séparément seront soumis aux règles de l’indivision dans les proportions suivantes : pour elle à proportion du pourcentage payé sur les meubles ou à défaut de la moitié ; pour lui à proportion du pourcentage payé sur les meubles ou à défaut de la moitié.

Alors dans mon entendement, je recevais ce 'S moins un' là son aveu que le désir est plus fort, plus fort le désir que l'ensemble des principes qui devait la préserver de moi, patachon assumé, exalté et revendiqué. T'es sûre oui, j'ai dit ? Oui. C'était oui.
Ce samedi là, malgré ses principes de monogamie et histoires de long terme, absolue fidélité et bijection totale des êtres -toutes notions qu'elle porte bien haut et devant comme presque lisible dans son regard, sur son visage-, ce samedi là, plus de malgré, plus de principe. Nos titillements et autres incursions de proximité, la langue, l’œil, la main, le genou, tous coupables !, tous acquités !, avaient eu raison de toute prudence, de tout principe.


Le dimanche nous nous revîmes.
C'était dimanche 'D zéro' de son vrai nom, le dimanche charnière, origine de notre référentiel narratif. Alors je lui dis « oui », pas uniquement parce qu'un 'non' semblait malvenu à l'origine du repère, mais « oui », carrément, étant partant pour la botte et vaille que vaille, advienne que pourra. Parce que je crois au principe de réalité, aussi, qui gouverne tout, que l'idée n'est rien qu'un sot qui tourne autour d'un puits du monde advenu, sec et stérile à jamais.

Le lundi suivant, 'L plus un', nous nous croisons à nouveau.
Décidément, ces deux là sont à la colle, finira par penser le lecteur attentif. Pas un jour sans que. Mais tout est question de volume, car je tairais l'horaire de la rencontre et le planning des heures, plus nombreuses chaque jour, qui précèdent et succèdent à l'instant présent.
Me voyant la voir, la voyant me voir, on se vit, on se parla. Elle me dit, comme pour rappel, comme par remords, que dans sa conception à elle, l'homme la femme c'est un et un, deux parfois, mais jamais plus. Rappel à sa règle, exception dans l'espace que nous avons convenu d'ouvrir d'un tango ivre le jour 'S moins un'.
C'est ce que je comprenais alors.
C'est notre erreur à tous, de penser comprendre alors ! Comprendre alors que la compréhension de la pensée reste une éternelle utopie. Car de fait la pensée passe comme le cours du temps, ne laissant ça et là que quelques grains de sablonneux qu'on prend, qu'on analyse, pour mémoire, pour compréhension. Vanité ultime ! Des grains ! Ce ne sont que des grains !

Voilà pour les idées. Au plus pressés d'entre les lecteurs elles auront déjà brisé les pattes, fermé les yeux. S'ils me connaissent ils penseront diable, ce qu'il cause ! Jamais n'agit ! Cependant l'idée, à petites touches et grosses bévues, l'air de pas y toucher : avait déjà édifié l'action.

Puis enfin, ce fut mercredi.
Mercredi. Ce 'M plus trois' que certains lecteurs de nouvelles coquines aiment voir décrit avec force détails, et bruits, et couleurs.
L'un appelant l'autre, ces lecteurs n'auront le plus souvent lu que quelques nouvelles de cette acabit avant de verser dans le visionnage de films à caractère pornographique. Puis, suivant cette logique irréversible du mieux disant, la somme de leur fantasmes et frustrations sexuels ira croissante, malgré quelques dents de scie.
Fantasme et frustration, je précise, qu'il convient de mettre en regard de coïts sinon rares, au moins décevants, dans l'ensemble. Et, ne négligeant toujours aucun détail, scie de qualité variable, selon qu'on aura visé à l'achat un objet pérenne et fonctionnel, ou choisit avec empressement vil prix et dent grossière dans quelque mauvais gourbi.
Précisions utiles, car dans la réalité qui nous a été refourgué, qu'on assumera faute de mieux, la femme ni l'homme ne sont comme à l'écran ou sur les images glacées des magazines. Les oh, les ah, viennent moins scandés. On crie moins, on crie peu. Et ce déguisement d'écolière tombe vilain, ce petit bouton vient mal au regard, la lumière n'accroche pas pareil, vous trouvez pas ? Même que à la fin le monsieur à la télé secouait sa verge, envoyant partout de longs jets de sperme en grognant, et ça, rien que de penser au ménage, j'ai jamais osé.

La pornographie, répétons-le, dévoie gravement la sexualité des jeunes qui s'imaginent en visionnant des films que ces pratiques et ces postures constituent les figures imposées de l'étreinte amoureuse, tout comme d'ailleurs le roman dévoie gravement leur vie sentimentale en leur faisant accroire que le romantisme est le secret de la relation amoureuse alors que celle-ci commence en réalité comme nous le savons tous par une bonne fellation et se termine par une sodomie brutale suivie d'une éjaculation faciale.

Pour donner un cadre à ce 'M plus 3' j'avais préparé un petit frichti. Lancé des œufs dans la crème fleurette, salé, poivré, muscadé. Enfourné et laissé prendre. Préparé une crème fouettée à la vanille afin de jeter un voile pudique sur les babas au rhum qui attendaient pas loin. Collé une salade sur le bord de l'assiette, vite fait, bien fait, meilleur effet.
Le vin, aussi, et la bonne tiédeur de l'air, tout était de bonne intention. A ceci près, que chacun et tous les éléments du repas furent un peu ratés. Qui par la cuisson, qui la température, ou la préparation, était-ce un cadre prémonitoire ?
Non. Ce n'était pas un cadre prémonitoire.
Pas plus qu'un autre, ce cadre n'avait d'intentions, sinon neutres. Il venait, comme tous ses pareils, avec vocation agréable, courtoise discrétion.
Enfin... Presque agréable. Presque courtoise.

Inutile d'ailleurs de se perdre dans le cadre car, avant même d'avoir lancé les plats, nous étions l'un sur l'autre. Qui bascula d'abord, le cadre, l'homme, la femme ?
Avant de toucher le sol mes doigts déjà fouillaient son sexe, ses deux mains étaient dans mon pantalon. Improbable imbrication des bras. Comme j'enlevais son jean, elle déboutonna ma chemise. Bouche contre bouche, en une étanchéité sans appel. Puis tout dans l'ordre. Les chaussettes en dernier. Son soutien gorge, d'une main preste. Je mordillais ses seins, alors qu'elle penchait sans détour vers ma verge déjà bien empoignée.
Nous voilà nus. Les gens font ça.
Bientôt c'était là, puis ce fut ailleurs...
Guidée l'intromission, j'avançais contre les flots de cyprine, nous enfonçant jusqu'à la garde dans le délice soyeux. La salle de bain, le canapé, au lit, partout nous fuckame avec science, soin et passion. Sa main accompagnant mes couilles comme un nid tiède, de son sexe j'écartais les lèvres et envoyait dix doigts explorer tout autour, à la recherche de ce cher inconnu.
Trépignation de machines humaines, de la bête à deux dos, applaudissements nourris de voisins excités, le lit tourne au milieu de la chambre, me demandez pas comment, ça je ne l'ai jamais compris.

Partout baisâmes. Bientôt mangeâmes.
Puis remîmes sur la table l'ouvrage.
Ensuite c'était moi, non, elle, qui par dessus, sens dessous. Un instantané cérébral rapporté par le nerf optique témoigne d'un haut fait d'escalade. Par la voie la plus abrupte, mes mains sur ses fesses contribuant au centrage, ma bite était bien là mais rendue invisible, tout au fond cachée.
Chacun rapportera vraisemblablement une version distincte, ne serait-ce que par le point de vue, souvent contre-plongé pour l'un quand l'autre savoure le vertige. Plus rarement égal, horizontal. L'usage du miroir à côté du lit permettant à l'occasion d'accorder les versions et joindre les regards, car celui-là n'en perd jamais une miette. Mais version pour version, sans débat, sans polémique, il semble qu'on s'entendait à penser la même chose. C'était bon, bon.
Alors dans l'action délicieuse nous consommions l'erreur: c'était la nuit des deux nigauds...


Flash forward. Revoilà le dimanche 'D plus 7'.
L'instant présent... Vous y êtes ?
A ce moment où ses yeux tournent encore, fous dans les orbites ; alors ma phrase continue, fillasse, et meurt. Je comprends qu'on a pas seulement lu des histoires dissonantes. Nous nous sommes bien égarés. Bien bien égarés. Bien mieux, bien pire !
Elle est là, nous sommes dans l'entrée. Je la tiens au bras. Non, déjà un peu de temps a passé, alors nous sommes au salon, deux verres, quatre yeux, beaucoup à dire. Beaucoup à démêler. D'où vient le désarroi ? Le désarroi est partout, toujours, à tout instant. Il fixe sur nos âmes par les aspérités de la colonne, prend sur nous et va ascendant toujours, doué de martingale.
Voilà, ce 'D plus 7', un homme, une femme, un désarroi et deux verres de martini rosso.

Je dis : tu voulais bien qu'on couche ensemble, pour voir, pour confronter à tes idées le réel ?

Elle dit : mais lundi, tu m'as bien dit que, de monogamer, tu acceptes ?

Je lui dis : non, tu rigoles ? J'ai dit oui, mais non. Oui ce jour, pour la requête antérieure, pas agréé à ton système, un jour suivant, non !

Comme deux nigauds se découvrent, comme la scène alors est belle vu du parterre, et comme il était mauvais ce rôle de traître. Violeur de l'idée. Corrupteur de la pensée. Même le poulet alors avait un goût de, je ne sais pas. Quelque chose de lourd et amer, qui serait pas mal passé avec un vin capiteux du sud ouest. Le plat est pesant. L'air, lourd également...

A-t-elle vraiment pensé que je renierais mes cent milles désirs, l'urgence permanente des ailleurs, la tension des autres femmes, des autres sexes ?
Ai-je pu croire qu'elle reniait tout pour rien, pour voir, pour la blague ?
Et le poulet, que pensait le poulet en venant là, en se rendant complice du tout. N'est-il pas un peu la cause, à sa manière, avec sa ficelle idiote sur ses cuisses sans pattes et son corps sans tête ?

Poulet, ordure !!!
Idées, couillonnes !!!
Nigauds, nigauds !!!
Idiot, idiote !!!

Ça pour l'action, la baise, ça a été tout de suite : oui !
Mais l'enfant en gestation de vos idées, l'idée de vos actes ? Car le héros de cette histoire c'est bien ce choix non assumé, partout en filigrane. Ce nœud que vous ferez, monsieur, à votre verge, cette soudure qui vous condamnera, madame, à la pensée éternellement vierge.
Alors nos nigauds mangeront le poulet, en se souriant l'un l'autre, benoîtement. Tu me passes le sel ?
Il n'y aura plus d'idée préalable, que l'idée du présent, bien noyée dans le réel ; plus d'idée postérieure, que celle du menu au prochain repas.


Dans ce monde advenu, l'action est tout. Le marin trempé, mais bien réveillé, descend au carré se préparer un viandox brûlant. Et le poulet, et le bateau ? Continuent de refroidir dans l'assiette. Filent et disparaissent à l'horizon...  

L'amitié a bon dos

Voilà un pivot.
La fin d’année approche.

Le dernier voyage rangé dans l’onglet décembre, il n’y a plus qu’à attendre la chute.
Nous voilà dans une chambre anonyme, drôle d'endroit. Au bord du coït. L’étreinte est là, toute proche, dans les corps, dans les regards...
Debout face au vent, arc-bouté à l’entrée de ce sexe offert, je fait des nan, nan, naaan, et tente un 'vive l’amitié', priant pour échapper au désastre. Elle a une composition du visage qui répond, très bien, sans marquer de rancoeur excessive, un truc limite louche, mais un peu rassurant.
Seulement, ses yeux. Ses yeux continuent de briller. Irradient de promesse...

Je passe rapidement en revue les différents positions, cherchant celle que le manque de désir n’oblitérerait pas. Lui proposer une verge amicale, sans troussage ? Boire beaucoup, laisser venir ? Baiser n’est tout de même pas aussi dur qu’écrire !

Doucement excité par les premières idées, je pense au corps que ces vilaines étoffes de service pourraient dévoiler, et flippe un peu. Les stigmates d’une mort passée tout prêt, qui reviendra. L’embarras anticipé. On avait trinqué au désir, ouais. J’imagine.
Le désir. Désir de fuir, désir de défaire l’écheveau absurde qui m’a amené là.

Etrangement, je pense à Olivier dans cet échange. Je pense à tous les hommes, à toutes les verges tendues dans tous ces cons aimables, et regarde mon amie. Ma pauvre amie.
Bien, mais que faire ?
Ces vêtements, cet abandon, tout concourt à décrédibiliser notre petit intercourse. Le coup était foutu d'entrée. N’importe quel connard à peine pubère aurait pu le constater, et bien inspiré m’aurait poussé sur le côté pour ouvrir clairvoie et...
«Qu’est-ce que je fais de toi, un amant, un ami ?»
Vent debout...

Contre le désir. Contre l’idée reçue. Contre la situation.
J’ai écrasé mon sourire le plus gêné et imploré, 'non'..., merci, vraiment.

Première frontière du sabbat

Un jour c'était Paris, premier pas d'une longue vacance, un bar, du bruit, des verres et malgré la neige de printemps des fesses des fesses des pléthores qu'on voit qu'on rêve qu'on devine appelant réclamant la main qui libère, le possessif à cinq doigts, le bonjour mademoiselle. J'étais fou. Fou !

Je serais le dompteur de fauve du cirque d'hiver. Jongleur impénitent des traverses à venir. Retraité du système. Explorateur de la marge. Inutile rendu à la stérilité. De mon désert aride observant vos monts et merveilles.

Avisant un cul, plus dodu, mieux tendu, un cul offert dans la forêt heureuse qui se présente, je choisis une main, vite, et commence à penser le geste. 

Hésitant sur la trajectoire parfaite de cette main à ce cul offert, je réalise : tout, de cette année, de ce sabbat, tient là, dans ce geste. Dans le trajet de la paume à la fesse. Un mouvement infime, délicieux ralenti, retour arrière, rejoué mille fois...

Un an de main aux fesses ! 
Cent, mille, un million de fesses, rondes pointues carrées ou plates,
un an et cette seule idée, 
cet unique geste, 
le dernier, le seul qu'on eut jamais souhaité effectuer. 

Vous n'aurez pas la claque et tout le reste. 
Bienvenue à la première frontière du sabbat.